LAURENT VAUT DE L'OR
ALTUN GAGNE LE BRONZE
La mythique salle parisienne Pierre de Coubertin a encore été le théâtre de magnifiques batailles sportives, particulièrement cette saison, avec les finales Elite masculines et féminines, Juniors et Jeunes. La salle a encore vrombi, du bruit assourdissant de spectateurs électriques, venus en nombre encourager leur poulain ou simplement apprécier la Savate dans toute sa noblesse.
Les 30 et 31 mai, les finales du Championnat de France Minimes et Cadets n'ont pas échappé à la règle. Si elles n'ont pas bénéficié de l'immense nef où se jouent les plus grands rendez-vous sportifs de la capitale et l'hexagone, la salle annexe aura été un véritable chaudron, effervescent de jeunes athlètes affamés, d'entraîneurs parfois incandescents et de parents stressés. Un événement rare et intense qui a vu couronné les deux derniers athlètes cadets du Pôle vichyssois encore en lice - le Léger (-63kg) Lionel LAURENT (Tampon SBF, 974) et le Plume (-57kg) Ismet ALTUN (BF Cluses, 74). Trois assauts chacun face à des adversaires émérites. Deux athlètes à la conquête du saint Graal de la jeune Savate, le titre de Champion de France Cadet. Une troisième consécration d'affilée pour ALTUN, coutumier du fait - et la pression peut s'exercer là ; une première chez les cadets pour LAURENT, éliminé en zone l'année précédente. Résultat : deux podiums pour la dernière saison d'existence du Pôle Espoir Vichy. Retour sur ces haletantes finales.
ALTUN est le premier à entrer en piste. Réfugié dans le mutisme qui est le sien lors des coméptitions importantes, il entame sa première rencontre avec une conviction relative. Les premiers échanges révèlent un ALTUN sur la réserve, prudent même, qui distille les coups à l'économie. En face, l'adversaire tente bien de « pousser » mais semble ne pas vouloir concrétiser. Peut-être la réputation d'Ismet l'a-t'elle précédé? A raison car au fil des reprises, le style du haut savoyard devient plus incisif. Il fait la différence notamment avec ses techniques de jambes à la face avec une précision et une vitesse diaboliques. L'adversaire donnera un sérieux répondant qui rendra difficile la victoire pour le jeune pôle. Il faudra à ce dernier plus qu'un succès au forceps pour impressionner juges et adversaires. Les hommes de coin ne manqueront pas de le lui signifier.
Pour le second assaut, c'est un tout autre ALTUN qui se produit sur l'enceinte. Cette fois, les premiers échanges tournent en sa faveur. Ismet s'est réveillé et offre au public une boxe léchée et racée. Supérieur en technique, en vitesse et en précision sur l'ensemble des échanges, il prend l'ascendant sur son nordiste d'adversaire. Ce dernier, pugnace et féroce, est bien présent, multipliant les attaques. ALTUN sortira de magnifiques mouvements - fouetté figure en débordement, chassé latéral sauté, revers tournant figure - qui ne trouveront pas l'écho escompté auprès de l'arbitre qui semble l'avoir « pris en grippe ». Arrêtant de manière systématique et intempestive les plus beaux échanges, il prive les jeunes tireurs de leur meilleur match. En moins d'une minute, ALTUN se voit sanctionné de deux avertissements qui le prive à la fois de la victoire, sauf intervention divine, et du titre de champion de France. C'est l'amertume dans le camp du jeune haut savoyard de même que dans celui de son adversaire qui précise que « vu le niveau des deux jeunes et la qualité de l'assaut, l'arbitre n'aurait pas du faire autant de zèle et laissé à ces dernier le soin d'assurer le spectacle! ». Drivé par ses hommes de coin, il poursuit toutefois le travail dans la troisième et dernière reprise. Alors que la fatigue se fait sentir, ALTUN commet l'irréparable - l'accrochage qu'il vient d'effectuer sur la jambe de son adversaire lui vaut l'ultime avertissement, prononçant l'irrévocable disqualifaction. Toutes ses chances de titre et même de seconde place s'envolent en une fraction de seconde car le règlement est clair chez les jeunes: un tireur disqualifié sur un tour des phases finales ne peut devenir ni champion ni vice champion de France. Le sort en est donc jeté! Restera à donner le meilleur de soi le lendemain, dans la dernière rencontre, pour montrer à tous qu'il s'agissait bel et bien d'une erreur. ALTUN, déconfit et déçu, honorera sa parole en balayant littéralement son adversaire. Il obtient le Bronze contre vents et marées. « Ismet n'a rien à regretter car il a fait sa part. Il a appliqué les consignes et a mis en place tout ce qu'on a travaillé durant toute l'année. Il a produit une Savate, pleine de style, esthétique et efficace. Rien à se reprocher. Il a toutes mes félicitations sur ses prestations» confie l'entraîneur.
Trois assauts séparent également Lionel LAURENT
du titre convoité. Pour la première rencontre, il retrouve en Imed DELLI (BC Cussetoi 03), une vieille et talentueuse connaissance. LAURENT avait défait DELLI, sur ses
terres, dans un assaut équilibré lors du gala national d'Issoire. Aussi, le Cussetois avait-il promis de prendre sa revanche. Cette phase finale de Championnat de France en est l'occasion idéale.
l'épisode s'annonce donc des plus sérieux.
Pas d'observation donc à l'entame du match. Dès le
premier coup de cloche, les jeunes se livrent à un assaut d'une haute qualité, exprimant déjà, malgré leur très jeune carrière, du « métier ». La tension est palpable et aucun ne lâche
la bride. Mais au fil des reprises, LAURENT s'installe, appliquant le champ tactique vu et revu à l'entraînement, lui permettant de bloquer les ardeurs de DELLI et de placer ses
meilleures mouvements. Plus convaincant et plus appliqué sur l'ensemble des échanges, LAURENT enlève la victoire et gagne le tour suivant avec l'avantage psychologique car sans doute
DELLI était-il l'adversaire le plus expérimenté et le plus coriace.
Pour la deuxième rencontre, l'entraîneur du pôle annonce à sa recrue réunionnaise une consigne stricte et radicale. Le cap '' DELLI'' franchi, LAURENT doit confirmer son statut de potentiel numéro 1. « C'est le deuxième et dernier assaut de la journée. Ton dernier match, c'est demain donc plus d'économie. On en mets pas simplement un cran au-dessus pour gagner mais on élève le niveau. Il faut montrer à tes adversaires que tu es là pour le titre, rien d'autre! Ils sauront que, pour la finale, demain, tu seras à ton maximum et que tu ne feras aucun cadeau. Là, on met la pression psychologique '' dixit l'entraîneur. Dès les premiers instants, LAURENT applique la stratégie à la lettre. Les coups pleuvent; il cadre, provoque, presse l'adversaire; et toutes les techniques déployées trouvent systématiquement leurs cibles avec une précision redoutable. Redoutable et déconcertante pour l'adversaire du moment qui, malgré quelques sursauts d'orgueil, subit, impuissant. La seconde reprise est du même cru. Lionel accélère et le pressing exercé fragilise son jeune opposant. Il est une véritable « plaie », toujours en mouvement, toujours actif, distribuant les coups sans répit. L'adversaire parvient à peine à s'exprimer et chaque pointe de chaussure qu'il reçoit est un véritable calvaire. La troisième et dernière reprise confirme la supériorité de LAURENT. Le travail de sape et de « harcèlement » a payé. L'adversaire est ''usé '' , désabusé même. Toutefois, il ne rend pas les armes facilement et fait face jusqu'au dernier coup de gong, lançant parfois de dangereuses attaques à la figure. LAURENT remporte une victoire unanime, victoire qui sonne comme un avertissement pour son prochain et dernier adversaire.
Pour l'ultime rencontre, la pression est importante car, en cas de défaite, l'issue est sans appel: pas de titre national. En outre, si le jeune réunionnais a impressionné ses pairs la veille, ses hommes de coin savent bien qu'un combat ne fait jamais l'autre et que l'adversaire, en lice lui aussi pour le titre, n'a rien à perdre. C'est donc avec humilité et prudence qu'il faut aborder cette échéance et surtout, avec une motivation et une détermination intactes. LAURENT est briefé : « Tu restes prudent mais surtout, pas d'économie. Tu mets une pression de fou et pas de sentiment! La victoire est là, Yo! A fond jusqu'au bout! »
Galvanisé par ses précentes victoires et la présence de ses
parents, LAURENT ne veut pas laisser s'envoler le titre. Il démarre sur les chapeaux de roue, comptant bien faire la nique à ce dernier adversaire. Mais la bataille s'avère âpre. En effet,
celui-ci révèle une boxe atypique, attentiste. Les prises de risque sont minimisées tant et si bien que LAURENT doit prendre toutes les initiatives, une démarche rendue difficle car
l'adversaire use et abuse du chassé. A chaque attaque du Réunionnais, il déplie de longs chassés pour le fixer puis romp et attend une nouvelle offensive. Le jeune pôle s'adapte, multiplie les
feintes pour perturber et pousser à l'erreur. Il peut alors contourner les chassés ou contrer puis les rapides enchaînements poigs-pieds qui suivent permettent d'engranger les précieux points qui
ménent à la victoire. LAURENT prend la première reprise mais rien n'est fait, surtout si l'adversaire conserve sa stratégie. Pourtant, à la seconde reprise, ce dernier tente bien
d'inverser la tendance, cherhcant à attaquer pour acculer LAURENT mais, après quelques
superbes contre-attaques, il revient à sa stratégie tandis que le jeune socétaire du Tampon poursuit son pressing. L'écart se creuse en sa faveur. Dans la troisième et ultime reprise, l'écart
entre les deux tireurs va grandissant, au profit de LAURENT qui voit se rapprocher le titre. Il sait que la victoire est là et conforte son avance en redoublant d'instensité et de rythme.
L'adversaire fléchit, subissant des assauts de plus en plus pugnaces. LAURENT ne le lâche pas un seul instant et poursuit son scoring. Les quelques techniques lancées avec succès à la
figure enfoncent définitivement le clou. Le gong retentit tandis que le coin exulte; le doute n'est pas permis: Lionel est Champion de France! Il a savamment appliqué les consignes et fait montre
d'une détermination et d'une intelligence infaillibles.
Après seulement une saison en pôle, Lionel
LAURENT devient le nouveau Champion de France Cadet chez les Légers (-63kg). Le couronnement d'une année magistrale! Invaincu depuis un an, avec 29 victoires pour une défaite, YO
''l'Acupuncteur'', comme se plaisent à le surnommer ses compagnons du pôle, aura montré qu'il a bien sa place dans le monde de la Savate.
Affaire à suivre!
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